Des yeux tristes
Le soleil est apparu de nouveau.
Il brûle cherchant de pénétrer l’amas de nuages, qui ne nous quittent plus
depuis des semaines. Les rayons, libres enfin, profitent du passage pour
rentrer, tous à la fois, dans les habitations du quartier. Ils se bousculent, les
uns les autres, à travers les vitres des fenêtres qui semblent fondre dans l’orange
jaunâtre du soir. Une des fenêtres est mi-ouverte. Des petits yeux noirs
s’appuient sur le rebord gris. Ils sont tristes, d’une tristesse commune. Ils sont
seuls. Personne ne sait ce qu’ils sont en train de penser, mais quiconque les
voit peut comprendre. Un souvenir, une odeur, une chanson, une peine qui
retourne dans l’inconscient collectif. Ils sont là, pâles et chargés de larmes
depuis ce matin, comme s’ils s’attendaient de la rue une réponse qui n’arrive pas.
Les rayons commencent à se cacher dans l’horizon d'immeubles. Le magenta et le
jaune se séparent. Le bleu se dessine dans un tapis d’étoiles. Voilà la Lune et Vénus, qui la suit toute coquète dans sa robe de nuit.
mofred, avril 2020
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