Le temps passe comme dans un rêve

 

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Flocon après flocon, le temps passe comme dans un rêve. Tout un monde inconnu se montre à nos yeux, dans un intervalle unique et solitaire, qui peut avoir bien l’air d’une symphonie pastoral ou, au contraire, le charme impétueux d’une rafale en hiver. Cela dépend des yeux qui regardent. Puis, il expire. Un autre flocon tombe, un autre monde s’étale. Que l’on s’en souvienne ou pas, c’est un mystère. On ne peut rien prévoir ni contrôler, une fois que le rideau est tombé c’est fini. Il se peut, en fait, que vous ayez vécu un monde de grande merveille, allongé sur une plage caraïbe, les pieds qui font trempette sur le rivage, dans le reflux des vagues qui font la bise et repartent. Et pourquoi pas, sur vos lèvres, le goût encore aigre-doux d’un excellent Caïpirinha, que vous avez vidé en peu de coups, sous l’ombre d’un cocotier, tout près du kiosque où l’on dance, même s’il n’y a pas de musique. On n’a pas besoin de musique dans un lieu pareil, elle est déjà dans nos oreilles. En plus, les iguanes se déplacent d’un bout à l’autre. De temps en temps, il y a un qui s’arrête et reste cloué au milieu de tout le monde, sous le soleil à pic de midi, faisant semblant de ne pas avoir fait exprès. Pendant son exposition modèle, des pagures traînent de côté leurs coquilles prêt-à-porter dans le sable fin et brûlant, tandis qu’une famille de hutias rôde çà et là, à la recherche de quelque gousse à ronger. Tout est tranquille, rien ne pèse, rien n’érode les nerfs. Tout à coup, un flocon vous arrive dans l’œil, hélas ! Plus de plage ! Les klaxons vous font sursauter partout. Les cris hurlent, se déchirent eux-mêmes, tellement ils sont nuisibles. Votre client, un vieux cœur qui convoite n’importe quel instant de joie sur vos joues, vous fait signe de l’autre côté de la rue. Il veut vous parler. Il enfourchera, certainement, le même discours de tous les jours, vous le savez. Vous êtes au courant, il n’y a pas mal de temps déjà. Vous les connaissez suffisamment bien ces éternels « vous devez faire ceci, vous devez faire cela », que désormais vous répondez, après un excès de dix minutes de politesse, avec un « désolé, je ne peux rien faire de plus, monsieur, à bientôt ! », tout en vous éloignant d’un pas rythmé que lui, heureusement, ne réussira jamais à suivre, étant données les courtes jambes toutes potelées qui lui tiennent debout, malheureusement bien encore ! Un flocon vous touche sur la pointe de votre nez. Il n’y a plus de trace de plage dans vos yeux. Vos pupilles sont occupées, envahies par le stress. Votre client traverse sur le passage piéton en ce moment. Vous l’attendez. Un flocon tombe. Une ambulance surprend la rue à toute allure.

Vous défilez comme tout le monde. Pourquoi pas ? Le temps passe comme dans un rêve.


Mofred


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